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" - Dimanche, vous regardez la finale
du Mondial de Hand !
- Ah bon, y a un mondial de hand ?? Où ça ! "
Non, non, ne vous moquez pas, j'exagère
à peine. Quand France Télévision s'est mis
à retransmettre le 1/8e de finale, les gens ont découvert
qu'il existait un sport plutôt télégénique,
le handball. Et ils sont tout heureux quand ils vous regardent
en disant : "Alors, ils ont gagné hier, c'était
bien". Bien sûr que c'était bien, c'est fabuleux
le handball. Ça fait déjà une semaine que
les Bleus se décarcassent à Nantes pour LEUR Mondial,
celui qu'il ne faut pas louper après le coup dur de Sydney.
Heureusement, Pathé Sport était là pour nous
faire vibrer, en particulier contre la Yougoslavie, on s'est dit
: "Ils ont réussi à se sortir les tripes, à
s'arracher en début de match sur la défense pour
montrer dès le départ qu'ils avaient envie". Même
avec leur grand coeur et leur grand retour, les Yougo ont échoué
à 2 buts. L'histoire commence.
La salle surchauffée d'Albertville
a soutenu les français face aux Portugais, courageux et
tenaces. Et les Allemands mettent les pieds dans la patinoire,
pour barrer la route à leurs coéquipiers de club.
Pour la première fois, la France, celle du handball, doute
vraiment. Mais non, ça ne peut pas s'arrêter là,
pas si tôt. Il faut au moins aller en 1/2. C'est vrai que
le jeu n'est pas excellent, mais l'adversaire n'est pas un débutant,
avec ses doubles mètres en défense, la muraille
allemande fait bloc.
Pourtant, Jack ne tremble pas à quelques secondes de la
fin du temps réglementaire pour lâcher un tir à
la hanche qu'il avait raté un peu plus tôt. La France
arrache la prolongation. On est crispé devant la télé,
les ongles ne résistent pas bien longtemps ...
Retour en société : "Ouah, c'est génial,
t'as vu, ils sont en demi-finale. Contre qui au fait ?". Bien
sûr que j'ai vu, et ils joueront contre l'Egypte. Surprenante
équipe égyptienne qui a fait plié l'ogre
russe, pourtant champion olympique, mais fébrile déjà
lors du tour qualificatif.
Le sport est fait de surprises
et d'imprévus mais je ne peux m'empêcher de penser
que ce match est dans la poche. Pas tant que ça en fait.
Les Égyptiens jouent le coup à fond et moi, je me
morfonds sur ma chaise. Ça n'est pas possible, on ne peut
pas perdre cette demi-finale, en France, à Bercy. Allez,
il faudrait que les égyptiens gâchent un ou deux
ballons, que la chance tourne. Vous devez continuer.
La France retrouve les ressources qu'elle avait désespérément
cherché sur le continent australien. Le fabuleux gardien
égyptien Ibrahim s'écroule à terre sous le
tir de Bertrand Gille et entraîne avec lui son équipe.
Les égyptiens ne se relèveront pas. La France rejoint
l'immense Suède, qualifiée quelques heures auparavant
grâce au bras solide de Stefan Lovgren.
Dimanche 4 février 2001,
lever 9 h. Petit déj' habituel. Dans 8 heures, ce sera
le grand moment. Mais à dire vrai, je n'y crois pas. Dans
ma tête, je n'arrive à envisager qu'une humiliante
défaite, exposée à toute la France, pas uniquement
celle du handball cette fois. Ces novices, qui déclarent
"Oh, c'est comme le foot, les Bleus contre les Jaunes, on va gagner."
Encore cette fichue comparaison avec les footeux. Mais c'est inévitable,
il y a tellement de points communs : un mondial à domicile,
un entraîneur qui tire sa révérence après
la compétition, un quart de finale aux prolongations, une
demi accrochée et un ultime face à face, contre
les meilleurs joueurs de la planète. Alors ils vont connaître
le même succès. Non, c'est trop facile, je ne
peux pas à y croire.
A 12 h, le repas passe déjà beaucoup moins bien.
Encore 5 heures à patienter, il faut s'occuper l'esprit
jusque là. Je tourne, retourne, prépare une
cassette pour enregistrer la partie. C'est inhumain d'attendre
comme ça. Je ne tiens plus. Direction la Faluche, pour
vivre l'événement avec tout le monde, hurler d'une
même voix, ou souffrir ensemble. A 16 h 20 bien sûr,
ce sont les rugbymen à l'écran : on les suit sans
vraiment y être. Dimanche prochain peut-être, j'encouragerai
le XV, mais là, je pense à mes seize sélectionnés,
à leur pauvre estomac dansant au rythme de Lou Bega. 16
h 55, décidément, cette rencontre n'en finit pas.
Quarante et une minutes, quarante deux, l'arbitre ne va pas nous
refaire le coup de la veille avec sept minutes d'arrêt de
jeu ! 16 h 57, pub bien évidemment, pub, pub et repub.
Comme si l'enjeu à lui tout seul ne suffisait pas à
me stresser.
Enfin, Bercy apparaît. Avec ses Bleus et ses Jaunes au milieu
du terrain, aux garde-à-vous pour les Hymnes." ...Aux Armes,
citoyens...". Tout le monde est installé, 60 minutes pour
la gloire ou le traditionnel : "C'est dommage ils ont perdu, mais
ils ont bien joué". Grrrrr....., je n'ai pas envie d'entendre
ça mais ça va être si difficile.
"Fernand" me fait mentir, après
Dédé et Papat. Et 1, et 2 et 3 ... 0. Décidément,
c'est un signe. Mais à vaillant français, puissant
suédois. Le match s'équilibre. 15-14, pour
la Suède, Patrick Cazal en larme se tord de douleur dans
la zone suédoise, Gentzel s'interpose, les ballons sont
attirés dans les mains suédoises, 17-14. Le rêve
s'évanouit peu à peu. La résignation est
là quand Bruno sauve son premier penalty avant que Jack
ne mette Boquist et Lingren dans le vent. Patrick Cazal, acclamé
par 15000 voix retrouve le terrain. Et si ...
Joël Abati égalise à 17 partout. Nouvelle égalisation
à 21 pour Narcisse après d'infructueux aller-retours;
insoutenable yo-yo.
28 minutes 53, la fin est proche. 29:40, Lovgren nous envoie le
même tir dans les filets que face à la Yougoslavie.
"Voilà, c'est fini, c'était beau quand même
mais ... Vas-y Greg ... Ouiiiiiiii". 22-22, c'est peut-être
possible finalement. Nos petits français face aux vieillards
suédois (sans rancune Martin).
"Fernand" et Papat d'un côté, l'inusable Lovgren
et Frandesjö de l'autre, 25-25 au changement de côté.
Yeux rivés sur l'écran, poitrine prête à
exploser. Magnus Anderson pète les plombs impunément
en balançant Bert. La Suède n'est plus ce qu'elle
était.
Le compteur tourne, et Bertrand met le 27e but français.
Impossible de rester debout, les genoux tremblent, le coeur ne
va pas tenir. Une minute à jouer, un penalty à tirer
: Monsieur Vranjes face à Monsieur Martini ... Incroyable.
Greg clôture, comme un symbole. 28-25.
La Suède est restée muette dans cette prolongation,
dépitée après la sirène, comme sonnée
par ce qui vient de lui arriver. Assommée par la hargne
et le coeur des petits bleus, les "Costauds" comme certains les
appellent. Moyen ce surnom.
Pour moi, ce sont les meilleurs,
les plus beaux, bien sûr. "I will survive" repris par Bercy
et la France entière, cette fois c'est fait. Mais c'est
toujours difficile à réaliser. "On est les Champions,
on est les Champions ...".
Guéric et Cédric, je pense à vous, vous aussi
vous êtes des champions.
Christian, Jérôme, Didier, Guillaume, Bertrand,
Daniel, Grégory, Andrej, Olivier, Bruno, Laurent, Thierry,
Jackson, Joël, Patrick, Stéphane et Daniel, c'est
du bonheur, que du bonheur que vous nous avez donné. Donc,
pour conclure, seulement deux mots :
Merci Champions
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